Ugolin s’en mord les doigts !

Comme tous les élèves de la villa Médicis à Rome, siège de l’Académie de France, Jean-Baptiste Carpeaux doit à la fin de son séjour de cinq ans, en 1861, réaliser son chef d’œuvre.

Il choisit le thème tragique d’Ugolin, l’un des héros damnés de La Divine Comédie de Dante. Il en fait une représentation saisissante, un homme au visage angoissé se mordant les doigts, mains et pieds crispés, ses enfants serrés autour de lui.

Dante expliquant La Divine Comédie

L’ambitieux comte Ugolin, tyran de Pise au XIIIe siècle, a été placé par Dante dans le dernier cercle de son Enfer, dans une zone où sont punis des damnés, emprisonnés dans de la glace, qui ont trahi leur patrie ou leurs compagnons.
Le poète le décrit enfermé et enchaîné dans la tour de la Faim avec ses deux fils et ses deux petits-fils par son ennemi l’archevêque Ubaldini, condamné à y mourir de faim après avoir consommé la chair de sa progéniture, ceux-ci ayant offert « leur chair délicate ». Chaque enfant représentant une étape vers la mort…

Dans le Chant XXXIII de son Enfer, le poète Dante lui prête sa voix :

« Et j’entendis clouer la porte au bas de l’horrible tour ; alors, sans dire un mot, au visage, je regardai mes fils. »

Moins d’une semaine plus tard, l’ex-despote est le seul encore en vie.

« Alors je me mis, déjà aveugle, à me traîner sur chacun d’eux ; et après qu’ils furent morts, deux jours, je les appelai ; puis la faim fut plus puissante que la douleur ».

Dans cet Ugolin désespéré, on croit reconnaître Carpeaux, artiste déjà tourmenté par les dettes, l’administration et sa soif de créer.

L’œuvre revendique des emprunts aux grands modèles de la sculpture notamment le Laocoon antique.

Le groupe du Laocoon antique - 1er siècle av. J.C.
Celui-ci représente un épisode de l’Enéide, dans lequel le prêtre troyen Laocoon et ses deux fils se battent contre deux serpents venimeux envoyés par Athéna qui veut le punir d’avoir mis en garde les Troyens contre le cheval laissé par les Grecs.

 

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