David Bailly – Vanité au portrait – Vers 1650 – Peinture Baroque

Vanité, tout est vanité !

 

Qu’est-ce de votre vie ?  Une bouteille molle

Qui s’enfle dessus l’eau quand le ciel fait pleuvoir

Et se perd aussitôt comme elle se fait voir,

S’entre-brisant à l’heurt d’une moindre bricole.

Qu’est-ce de votre vie ? Un mensonge frivole

Qui sous ombre de vrai nous vient à décevoir,

Un songe qui n’a plus ni force ni pouvoir

Lorsque l’œil au réveil sa paupière décolle.

Qu’est-ce de votre vie ?

Jean-Baptiste Chassignet

   

Un jeune homme nous accueille du regard, une baguette à la main comme pour mieux nous montrer tout ce qu’il y a voir. Et il y a profusion de choses !

Ce jeune homme, c’est le peintre lui-même. Il s’agit donc d’un autoportrait. Mais quelque chose n’est pas cohérent. En effet, lorsque David Bailly peint ce tableau, il est alors âgé de… 67 ans ! L’artiste s’est donc représenté dans sa jeunesse.

Dans sa main gauche, il tient le portrait d’un homme d’un âge plus avancé, dans la même position que lui, le même costume, le même type de coiffure. Autrement dit, il s’agit de Bailly dans l’exactitude de son âge cette fois-ci. Allégorie du temps qui passe…

Posée sur la table, une accumulation d’objets : 

Les portraits ou statues de jeunes beautés côtoient une tête de mort, alors que les signes de la vanité du monde (savoir, parures, richesses, sensualité…) s’accumulent sans pouvoir faire échec à l’inexorable processus qui fait faner les fleurs ou crever les bulles de savon…

Tout à fait à droite, on remarque un papier posé sur la table et glissé sous un livre. On peut y lire le nom de l’artiste, la date et cette citation :

“Vanité des vanités, tout est vanité.”

 

Immédiatement à gauche, une petite feuille blanche est en train de tomber, elle est déjà en partie sortie du tableau, et jamais les êtres déchus que nous sommes ne pourront la retenir dans sa chute…

Ces nombreux objets sur la table racontent la vie du peintre, ses excès, ses “vanités” et l’aveuglement qu’il peut y avoir à s’y abandonner sans retenue ni conscience.

– Le verre à moitié vide, la coupe, la pipe représentent le plaisir et les loisirs.

– Le crâne, les objets renversés et les bulles de savon expriment la fragilité de la vie.

– La bougie éteinte, les fleurs fanées, les montres et le sablier symbolisent la fuite du temps.

– Les médailles, les cartes et la mappemonde sont signes du pouvoir, de lhéroïsme et de la conquête.

– Les colliers de perle, les pièces de monnaie et le coffret à bijoux sont des vanités de richesse.

“Vanité des vanités, tout est vanité”… fragilité et faiblesse, l’illusion et ces errements…

 

La vanité détruit tout ce qui est fait et l’imprudence tout ce qui reste à faire. Simon de Binicourt