La simplicité, c’est du grand art !

La simplicité, c’est du grand art !

Repérer les lignes verticales des mâts, situer la grande voile, puis les arbres et les réverbères sur la jetée ; à l’horizontale pointer l’alignement des ponts, localiser les navires amarrés, les embarcadères et les quais du port. De la fenêtre entrouverte de son hôtel, le peintre observe.

Albert Marquet 1875-1947Puis il prépare ses couleurs : du gris moyen, du gris soutenu, des bleus en toutes déclinaisons, du mauve, du brun, une touche de saumon, du vert et des harmonies pâles de blanc et de beige. Sans aucun croquis préparatoire, il s’empare de sa toile. Le geste est rapide, la touche doit être posée là précisément ; une simple virgule pour suggérer une silhouette, un coup de brosse pour marquer les lampadaires, quelques empâtements pour les bâtiments sur le quai, des formes géométriques sommaires pour esquisser un voilier, des courbes qui s’entremêlent pour figurer l’eau.

Albert Marquet : c’est du presque rien, mais tout y est !

On sent le souffle de l’air, sa fraîcheur marine, le mouvement perpétuel des éléments, les clapotis de l’eau contre la coque des bateaux, le bruit sourd des voiliers amarrés aux pontons, la brise légère dans les feuillages des arbres. Et les reflets du ciel et de la mer qui s’appellent et se répondent…

Fluidité du temps qui s’écoule, fluidité de la technique picturale.

C’est cela du Marquet : saisir l’essentiel, en occulter le superflu, trouver l’équilibre, la juste mesure, enlever le poids aux choses.

 (cliquez pour ouvrir en plein écran).

Que ce soit des ports de Normandie à ceux de Hambourg, des quais de Seine aux barques de pêcheur sur les rivières, sous la dune du Pyla ou à Alger, il ne cherche pas le pittoresque, il recherche l’intemporel, la douceur exquise, la vie qui s’écoule paisiblement.

Il disait d’ailleurs :

“Je ne peux rien créer de plus, ni autrement”.

Sobre dans sa peinture, Albert Marquet l’est aussi dans sa vie. Il n’est pas de celui qui fait scandale, qui provoque. C’est un taiseux encouragé très jeune à pratiquer la peinture et le dessin, pour compenser son handicap physique, un pied-bot qui le gêne pour la marche.

“Je ne sais ni écrire, ni parler, mais seulement peindre et dessiner”.

Alors à l’époque d’un Dali, d’un Picasso et d’un Matisse, ses silences, sa sagesse, sa simplicité, sa modestie jouent contre lui. Car dans l’art, comme dans la vie, ce qui est simplement beau ne suffit pas toujours pour s’assurer la médiatisation et faire sonner les trompettes de la renommée.

On parle à son égard d’ingénuité, de perspectives chancelantes. Mais certains ne s’y trompent pas et notent l’adresse, la grande maîtrise du geste, l’harmonie et « la clarté concrète ». Un historien de l’art souligne

“A bien y regarder, cette décontraction apparente est le fruit d’une savante dextérité et le résultat d’une “fausse nonchalance” “.

Marcelle, sa femme, écrit :

“Jusqu’à la fin, Marquet s’est acharné à saisir la vie. Il peignait, il dessinait sans se lasser, poursuivant toujours la même recherche, la lumière dans ses moindres frémissements, la vie dans tout ce qui la décèle, un geste, une attitude, un fléchissement. Il avait fait sien un mot de Hokusai “Arriver à ne pas indiquer un point qui ne fut vivant” “.

Aujourd’hui, Albert Marquet est reconnu comme “un peintre de la lumière” d’autant plus que celle-ci est valorisée par le traitement des ombres.

La modestie est comme l’ombre, elle fait valoir la lumière.

Envie de vous extraire du brouhaha quotidien ? Allez voir l’exposition “Albert Marquet, peintre du temps suspendu”.
Conçue par le Musée d’Art moderne de Paris, cette exposition est actuellement présentée au musée Pouchkine de Moscou jusqu’en janvier 2017.

 

Pour aller plus loin :
 
Musée d'Art Moderne de la ville de Paris

Découvrez de très nombreuses ressources sur ce site dont un excellent dossier pédagogique au format PDF et le livret Albert Marquet en famille  :  www.mam.paris.fr

Notre sélection d'ouvrage :
  • “Album rétrospective de l’exposition Albert Marquet/Musée d’Art Moderne-Paris”. Auteur : Sophie Kreps chez l’éditeur Paris Musée, publié le 30/03/2016. Disponible sur : www.leslibraires.fr 

 

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